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Affaire «Pegasus» : la lecture pertinente de notre confrère Le Canard Libéré

PAR ABDELLAH CHANKOU

Notre confrère Abdellah Chankou, fondateur et Directeur du support Le Canard Libéré, a publié, le 24 juillet dernier, une excellente Tribune sur l’affaire «Pegasus». Vu son intérêt, au regard de l’actualité, nous la reproduisons ci-après avec nos remerciements.

L’affaire «Pegasus», mal scénarisée par Amnesty International et relayée par «Forbidden Stories» (un consortium de 17 médias), qui croit tenir le scandale d’espionnage du siècle, est une tempête dans un verre d’eau. Les professionnels du renseignement, ceux qui maîtrisent les codes de l’univers complexe des écoutes, suivent non sans amusement l’agitation médiatique autour de cette affaire obscure où le Maroc est principalement mis en cause sur la base d’un listing de numéros de téléphone à l’origine douteuse.

Plus que la qualité des personnalités françaises supposées placées sous surveillance par les services marocains, ce qui gêne visiblement les commanditaires cachés de cette enquête, qui sent à plein nez la manipulation mâtinée de malveillance, c’est leur capacité à boxer au-dessus de leur catégorie et jouer dans la cour des grandes oreilles en investissant le créneau très sensible de l’espionnage géostratégique qui reste, jusqu’ici, le monopole des grandes puissances. Et cette perspective, réelle, que le Royaume du Maroc, pays du tiers-monde, joue les cyber-James Bond en accédant par effraction au club restreint des maîtres de l’espionnage que sont le Mossad, la CIA, le MI5 ou le FSB dérange forcément… D’ailleurs, le site français «Mediapart», fondé par Edwy Plenel, présumé cible avec d’autres de ses confrères locaux des écoutes téléphoniques marocaines, ne s’est pas empêché dans son édition du 22 juillet d’exprimer cette crainte au grand jour : «Que l’on se fasse espionner par la Russie, par la Chine ou par les USA, passe encore, mais se faire surveiller sournoisement par un tout petit pays du Maghreb, alors là ! Un pays, rappelons-le, musulman !» C’est intolérable ! Un crime de lèse-majesté… Et ça fait peur, surtout que les services du Maroc, de l’avis même de ses partenaires occidentaux, ont démontré une efficacité redoutable dans la lutte antiterroriste qui a permis de déjouer sur le sol européen plusieurs projets d’attentats.

Le secret de cette performance ? Les services de sécurité du Royaume ont su se professionnaliser au fil des années en révisant en profondeur leurs méthodes de travail dont l’efficience est principalement bâtie sur le renseignement d’origine humaine (Humint), abandonné par la majorité de ses homologues occidentaux au profit de l’Electronic Intelligence (Elint). C’est mille fois plus efficace et redoutable que tous les «Pegasus» et autres spywares de la planète réunis. Et c’est naturellement le terrorisme, devenu le premier enjeu de sécurité mondiale, qui a poussé les services marocains à se moderniser en se hissant à la hauteur de la gravité de cette menace qui donne des insomnies aux services du monde entier. Ces derniers sont appelés à agir au quotidien, jour et nuit, en déployant tous les outils en leur possession, pour faire pièce à des dangers de plus en plus complexes, souterrains et éparpillés. Les technologies de l’information ont évidemment révolutionné, tout comme bien des secteurs, le renseignement qu’il soit politique, économique ou militaire. Il est en effet révolu le temps de la pose des «bretelles» avec un grésillement sur la ligne pour écouter tel opposant ou tel journaliste, comme ce fut le cas avec les faux plombiers du «Canard Enchaîné», en fait des agents de la DST, qui ont par une nuit de décembre 1973 installé des micros dans les bureaux de la rédaction pour identifier les informateurs du palmipède.

Ces méthodes artisanales relèvent aujourd’hui presque de la préhistoire au regard des outils de surveillance high-tech permise par la révolution numérique et qui ont facilité, voire banalisé, l’espionnage à grande échelle. A cet égard, le premier espion dont il faut vous se méfier n’est-il pas votre propre smartphone qui sait beaucoup de choses sur vous du fait qu’il contient toutes vos données personnelles ? Les différentes applications gratuites, que les utilisateurs téléchargent des stores virtuels sur leurs tablettes, ordinateurs et portables, sont dotées d’«espiogiciels» qui siphonnent et vendent le contenu à des parties tierces. Sans compter les malwares qui se font passer pour une mise à jour du système du smartphone et qui, en toute discrétion, enregistrent vos appels téléphoniques et volent SMS, photos, carnet d’adresses, historiques des appels… Il suit de là que plus personne n’est à l’abri des écoutes et la vie privée avec son corolaire qu’est la liberté ne signifie plus grand-chose à l’ère d’un monde de plus en plus connecté…

Déjà en 1999, le PDG de l’entreprise américaine Sun Microsystems affirmait que «vous n’avez plus de vie privée, il faut tourner la page». Cela dit, il faut que le Président Emmanuel Macron soit vraiment naïf pour converser sur des smartphones de commerce de Monsieur-tout-le-monde, qui sont facilement «piratables» alors qu’il a la possibilité, de par son rang, de disposer de réseaux téléphoniques cryptés.

Que les services marocains aient ciblé son téléphone semble peu probable et donc anecdotique. Ce qui nous amène à nous interroger sur les motivations réelles, qui ne relèvent certainement pas, comme semblent s’en soucier «Forbidden Stories» et leurs commanditaires, de la défense des droits de l’homme et des libertés, qui ne servent souvent en Occident qu’à être instrumentalisés pour atteindre des objectifs inavoués dans le tiers-monde.

Quelle lecture faire, au-delà du sensationnalisme du factuel, de cette affaire ? Tout porte à croire que l’affaire «Pegasus» est une opération montée de toutes pièces et utilisée pour allumer des contre-feux. L’objectif ? Cantonner les services performants de l’excellent Abdellatif Hammouchi, qui ne semblent pas être particulièrement appréciés en France, dans l’espionnage domestique classique et les empêcher d’accéder à la cyber-surveillance géostratégique qui doit rester pour les parrains d’Amnesty International le domaine réservé de certaines puissances…

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