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Au Gitex Africa Morocco, les experts s’accordent sur un dialogue stratégique autour de la cybersécurité

Hier, lors de la deuxième journée du Gitex Africa Morocco à Marrakech, le Salon a renforcé l’ambition collective du continent de jeter les bases durables d’une coopération panafricaine structurante. Cette séquence a été portée par un dialogue multilatéral de haut niveau consacré à la trajectoire de l’Afrique dans une ère profondément transformée par l’intelligence artificielle.

Tenu du 7 au 9 avril courant, ce méga-happening réunit plus de 1.450 entreprises exposantes et startups, ainsi que des participants venus de plus de 130 pays. L’événement se tient sous le haut Patronage de S.M. le Roi Mohammed VI, sous l’autorité du Ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration. Il est accueilli par l’Agence de Développement du Digital (ADD) et organisé par KAOUN International, organisateur mondial des événements Gitex.

Lutter contre la cybercriminalité, un défi systémique

Placée sous le thème «Créer un avenir global pour l’Afrique numérique», la programmation d’hier a rassemblé ministres, responsables publics, dirigeants internationaux du secteur technologique et experts en cybersécurité. Tous ont contribué à faire avancer des stratégies concertées destinées à accompagner la digitalisation du continent et l’intégration de ses infrastructures liées à l’intelligence artificielle.

Les échanges ont porté sur le développement d’infrastructures cloud résilientes, le renforcement de la souveraineté numérique et la lutte contre la progression de la cybercriminalité, à travers des réponses coordonnées à l’échelle régionale et internationale. Ils ont ainsi mis en lumière l’urgence de bâtir une résilience collective dans un environnement de menaces numériques toujours plus complexe.

La cybercriminalité s’impose aujourd’hui comme un enjeu majeur pour les entreprises, les industries et les économies numériques du continent. Alors que cette économie illicite connaît une expansion rapide, elle entraîne des pertes annuelles estimées à 5 milliards de dollars. Les organisations régionales subissent en moyenne 3.153 attaques par semaine, soit un niveau supérieur à 60% à la moyenne mondiale.

Le sommet «Strategic Digital Defence AI Readiness», organisé en partenariat avec la Direction Générale de la Sécurité des Systèmes d’Information (DGSSI), a réuni l’écosystème africain de la cybersécurité autour d’un dialogue stratégique consacré à la défense numérique. Introduit comme l’une des grandes nouveautés du programme 2026, ce sommet poursuit un objectif clair : permettre aux États et aux entreprises de protéger leurs infrastructures critiques, de faire face aux attaques amplifiées par l’intelligence artificielle et de renforcer leur résilience numérique grâce à une coopération accrue, des investissements structurants et des actions concrètes.

Accélérer la prise de conscience

Le Général de Brigade Abdellah Boutrig, Directeur Général de la DGSSI, a déclaré : «La cybersécurité ne peut être appréhendée uniquement à l’échelle nationale. Les menaces circulent au-delà des frontières et chaque vulnérabilité appelle une coordination renforcée. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement d’échanger, mais de définir un cap clair. La valeur d’un sommet comme celui-ci réside dans sa capacité à produire une réflexion opérationnelle, à réunir autour d’une même table les acteurs pertinents et à accélérer le passage d’une prise de conscience partagée à une action coordonnée. C’est ainsi que se construisent des écosystèmes de cybersécurité solides, à l’échelle nationale, régionale et continentale».

Poursuivant son intervention, le haut responsable a ajouté : «La résilience cyber se construit dans la durée. Elle repose sur des investissements constants, une préparation opérationnelle, des partenariats de confiance et un développement continu des compétences. Lorsque ces éléments convergent, la cybersécurité dépasse sa fonction défensive pour devenir un levier de souveraineté, de stabilité et de confiance dans l’avenir numérique que nous bâtissons collectivement».

Parmi les temps forts de cette deuxième journée, un panel stratégique consacré à la construction de nations cyber-résilientes a réuni des experts venus d’Éthiopie, du Nigeria, du Gabon, du Niger et du Maroc. Ils ont tous partagé une même conviction : l’Afrique doit investir dans ses talents, intensifier les efforts de sensibilisation et accompagner ses citoyens vers une meilleure maîtrise des usages numériques, afin de favoriser un recours responsable et sécurisé aux technologies.

À mesure que les cybermenaces gagnent en ampleur et en sophistication, le continent fait face à un écart de plus en plus marqué entre les besoins en professionnels qualifiés de la cybersécurité et les compétences réellement disponibles. Cette situation accroît la vulnérabilité des infrastructures critiques, des économies nationales et des systèmes publics.

Face à cette réalité, les experts ont mis en avant les leviers indispensables pour construire une main-d’œuvre cyber capable de répondre aux défis de demain. Cela suppose des programmes de formation ciblés, une coopération renforcée entre les secteurs public et privé, ainsi que des investissements durables dans les viviers de talents locaux. L’ambition est nette : donner à l’Afrique les moyens de se défendre, de s’adapter et de s’affirmer comme un acteur de premier plan dans un paysage numérique en mutation permanente.

Des cyber-solutions au service de la défense nationale

S’adressant aux participants, Kashifu Abdullahi, Directeur Général de la National Information Technology Development Agency du Nigeria, a déclaré : «Nous vivons un moment charnière où l’intelligence artificielle redéfinit profondément les règles du jeu et complexifie le paysage des menaces. Les États doivent repenser leur manière de bâtir la résilience dans un monde devenu plus dynamique, plus complexe et plus exposé». En s’appuyant sur des études montrant que plus de 95% des incidents de cybersécurité résultent d’erreurs humaines, il a insisté sur le rôle fondamental de l’éducation et de la sensibilisation : «La première ligne de défense reste l’humain. Si les individus ne sont pas informés, s’ils ne maîtrisent pas les outils numériques ou ne savent pas interagir avec la technologie de manière responsable, alors la résilience de l’ensemble de l’écosystème s’en trouve fragilisée. Nous voulons former une jeunesse capable de concevoir des solutions de cybersécurité au service de la défense nationale, de développer des innovations à fort impact et de porter ces innovations au-delà des frontières du Nigeria vers des marchés plus larges».

Alors que les acteurs africains et internationaux se retrouvent à Marrakech, Gitex Africa Morocco confirme son rôle de plateforme mondiale où convergent politiques publiques, investissements et innovation technologique. L’événement contribue ainsi à soutenir l’émergence d’une Afrique numériquement souveraine, connectée à l’échelle internationale et pleinement compétitive sur le plan économique.

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