Quand la politique s’écrit dans une autre langue…

Les complexités du rapport entre la langue, la traduction et l’idéologie dans le domaine politique ont été au centre d’une conférence, hier à l’Institut Royal pour la Recherche sur l’Histoire du Maroc à Rabat, en présence d’un parterre de personnalités de divers horizons.
Organisée par l’Instance Académique Supérieure de Traduction sous le signe «Langage, idéologie et traduction : quand la politique s’écrit dans une autre langue», cette conférence, animée par le chercheur Abdelhay Moudden, a mis en lumière le rôle de la langue comme outil de construction des perceptions et des discours, ainsi que les multiples transformations qu’elle subit lorsqu’elle passe de sa forme originale à une autre langue dans le cadre de la traduction.
Pour le conférencier, aucune langue écrite ne reflète pleinement la réalité de la pratique politique, et compte tenu de l’absence de définition unifiée de la politique en raison de sa nature théorique et idéologique. Aussi, le fait de comprendre la politique ne se limite pas à la lecture de textes, mais exige, selon Abdelhay Moudden, d’analyser les contextes historiques et intellectuels et de saisir les significations sous-jacentes au discours politique.
Le chercheur a également abordé le contexte historique et idéologique de la traduction en lien avec la politique, soulignant son impact sur la production du savoir politique. À cet égard, il a relevé que la politique n’est pas une simple pratique, mais un champ de connaissances multidimensionnel où théorie et pratique, comportements individuels et institutionnels, histoire et pensée s’entremêlent dans un environnement social donné.
S’agissant des réseaux sociaux, Abdelhay Moudden a mis en avant l’impact des plateformes numériques sur le discours politique au regard de leur rôle de plateforme d’échange de savoirs politiques, de reformulation de la terminologie et de transmission de messages directs ou codés.
Pour sa part, Abdelfattah Lahjomri, coordinateur de l’Instance, a insisté sur l’importance de considérer que le transfert d’un texte linguistique d’un système linguistique à un autre engendre un bouleversement majeur qui remodèle les relations et les significations. De même, il s’est interrogé sur les pertes de strates culturelles lorsque le sens est transposé dans différents moules linguistiques, et sur les formes subtiles des procédés stylistiques, tout en se demandant si un traducteur pouvait rester témoin sans devenir complice.
Abdelhay Moudden est titulaire d’une licence en droit, obtenue à la Faculté de Droit de Rabat, d’un Masters en sciences politiques de l’Université de West Florida (États-Unis) et d’un doctorat en sciences politiques de l’Université du Michigan (États-Unis). Professeur universitaire au Maroc et aux États-Unis, il est enseignant à la Faculté de Droit de Rabat et a publié de nombreux articles et études sur la culture, la pensée et l’économie politiques.
L’Instance Académique Supérieure de Traduction est un organe scientifique relevant de l’Académie du Royaume du Maroc qui a pour mission d’encourager les travaux de traduction, tant au sein qu’en dehors du Royaume, entre l’Arabe, l’Amazigh et les autres langues mondiales, et de les soutenir, les promouvoir et d’en élargir la portée. Sous la supervision de l’Académie, elle œuvre notamment à la publication des travaux scientifiques traduits que l’Assemblée académique décide de publier.



