2026 : le Maroc résilient, mais…

Allianz Trade, filiale du groupe allemand d’assurance Allianz, a publié récemment son 3ème «Country Risk Atlas», une étude-phare qui évalue les perspectives économiques, les risques et les opportunités dans 83 pays, dont le Maroc, représentant environ 94% du PIB mondial. Il s’appuie sur un modèle exclusif d’évaluation des risques, mis à jour chaque trimestre en fonction des dernières évolutions économiques et des données propriétaires d’Allianz Trade.
Allianz Trade est formel : «Nos notations fournissent une analyse complète et un aperçu des facteurs économiques, politiques, de l’environnement commercial et du développement durable qui influencent les tendances du risque de non-paiement pour les entreprises à un niveau macroéconomique. Chaque notation combine 17 indicateurs à court terme et 18 indicateurs à moyen terme, et sert de boussole pragmatique aux décideurs dans un monde en proie à de multiples crises, les aidant à naviguer dans la volatilité, à protéger leurs flux de trésorerie et à transformer la conscience du risque en avantage concurrentiel», explique Luca Moneta, Economiste senior pour les marchés émergents chez Allianz Trade.
Le Maroc en croissance
Le Royaume affiche une croissance économique robuste, renforcée par son rôle de centre manufacturier pour l’Europe et ses ambitions de devenir un hub énergétique. Allianz Trade a maintenu la note du Maroc à «B1», le positionnant comme le pays le plus sûr d’Afrique pour les affaires. Cependant, des défis subsistent, notamment dans les secteurs du commerce de détail, de l’immobilier et de la construction, où les retards de paiement contribuent aux faillites. Le chômage des jeunes et la prédominance du secteur informel demeurent des préoccupations majeures, exacerbées par le fossé entre les zones rurales et urbaines.
Le Maroc est en bonne voie pour une forte croissance économique, avec un PIB projeté en hausse de 3,7% en 2026 et de 3,5% en 2027, porté par la production industrielle, les investissements étrangers et la reprise du secteur agricole. Le tourisme est en plein essor, notamment grâce à des événements comme la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et la Coupe du Monde de la FIFA 2026. Malgré une inflation faible, le pays doit relever plusieurs défis, dont un chômage des jeunes élevé et une importante main-d’œuvre informelle. Les dépenses publiques augmentent, soutenues par la hausse des recettes et l’émission de dette, le ratio dette/PIB devant diminuer à 65% d’ici à 2027.
La Banque Centrale maintient des taux d’intérêt stables et prévoit de flexibiliser pleinement le Dirham. Les exportations de phosphates ont rebondi et l’industrie automobile reste dynamique. Cependant, des risques politiques persistent, avec des mobilisations sociales qui ont entraîné une augmentation des dépenses sociales. «Le plan de développement du Maroc met l’accent sur la diversification, l’investissement et les énergies renouvelables, soutenus par des relations internationales solides, en particulier avec les États-Unis», explique Lluis Dalmau, Économiste pour l’Afrique et le Moyen-Orient chez Allianz Trade.
Perspectives inégales
Malgré une année marquée par d’intenses tensions commerciales et de multiples risques (politiques, géopolitiques et budgétaires), Allianz Trade constate que le risque pays mondial s’est amélioré en 2025, avec 36 pays dont la notation a été relevée et seulement 14 dont la notation a été dégradée. Cette tendance souligne les mécanismes d’adaptation budgétaires, monétaires et commerciaux qui ont tendance à émerger en période de forte incertitude. Parmi les 36 économies dont la note s’est améliorée, figurent l’Argentine, l’Équateur, la Hongrie, l’Italie, l’Espagne, la Turquie et le Vietnam.
«En 2025, les révisions à la hausse ont été principalement motivées par des fondamentaux macroéconomiques plus solides, soutenus par des politiques budgétaires et monétaires plus accommodantes. Dans plusieurs marchés émergents, l’amélioration des conditions de financement, l’appréciation des monnaies locales et la hausse des prix des matières premières ont permis de lever les restrictions en matière de transferts et de convertibilité, un aspect essentiel du risque politique. Parmi les économies à revenu élevé, l’amélioration de la stabilité politique, la désinflation et la bonne performance commerciale ont renforcé la résilience en Europe (notamment en Allemagne, en Grèce, en Italie et en Espagne) et dans la région Asie-Pacifique, notamment en Corée du Sud et au Vietnam», déclare Ana Boata, Directrice de la recherche économique chez Allianz Trade.
Quid de la résilience internationale ?
«La résilience internationale s’étend, mais des clusters de risques persistent dans des économies importantes. Par exemple, l’année dernière, nous avons constaté une détérioration de l’environnement macroéconomique à moyen terme dans 7 marchés, contre 18 qui se sont améliorés. Cependant, ces détériorations concernent la Belgique, le Brésil, la France et les États-Unis, qui représentent ensemble environ un tiers du PIB mondial, soit dix fois plus que les économies qui ont connu une amélioration. L’économie mondiale traverse l’une de ses périodes les plus turbulentes depuis des décennies, avec une convergence de chocs et de changements structurels tels que l’IA, la démographie, le changement climatique, le commerce et la réglementation. L’incertitude reste élevée et les entreprises doivent adopter une approche sélective, pays par pays, afin de pouvoir développer leurs activités tout en protégeant leurs actifs», estime Aylin Somersan Coqui, CEO d’Allianz Trade.



