«Sada Al Ibdae» ou la culture comme devoir de mémoire

Depuis 14 saisons, l’émission culturelle «Sada Al Ibdae», diffusée tous les samedis sur la chaîne de télévision «Al Oula», offre un panorama de ce qui se fait de plus sérieux et de plus constructif sur la scène culturelle, artistique et sociale au Maroc. Un tour d’horizon de la création dans notre pays, à travers des thématiques profondes et des invités soigneusement choisis.
Par Mohammed Hattab, écrivain et chercheur
Loin de toute inclination au racolage comme on le voit désormais partout, loin de toute inclination populisme de bas étage, loin de la médiocrité ambiante qui a envahi tous l’ex réseaux audiovisuels, l’émission-phare de la chaîne «Al Oula» ouvre une nouvelle saison avec des thématiques importantes et très actuelles et des invités de choix pour parler de la culture, de la société et de la vie créative au Maroc.
En ce début d’année 2026, «Sada Al Ibdae» entame une 14ème saison avec la même passion et la même fraîcheur. Nous sommes aujourd’hui à 500 épisodes déjà tournés et diffusés. Ce sont plus de 1.500 écrivains, poètes, philosophes, chercheurs, analystes, politologues, sociologues, archéologues, anthropologues, ethnologues, critiques, plasticiens, réalisateurs, acteurs et actrices, danseurs et danseuses, musiciens, chanteurs, hommes et femmes de théâtre, de jeunes espoirs, des talents confirmés et d’autres qui portent en eux des promesses, hommes et femmes, qui se sont succédé dans les locaux de l’émission pour écrire une belle page de télévision. Un héritage dont on se rendra compte plus tard en réalisant tout le travail réalisé par l’équipe de «Sada Al Ibdae», sans faire de vague, en travaillant sérieusement et en toute modestie, au service de la culture dans notre pays. 14 années qui nous ont offert des visages incontournables et crédibles, sans jamais tomber dans toutes ces platitudes et cette vulgarité que l’on voit dans d’autres programmes, qui n’ont, il faut le dire, aucun respect ni pour le public ni pour l’organe lui-même qui les fait travailler.
Les visages du succès
Dans un climat de médiocrité à tous les niveaux, «Sada Al Ibdae» sert la culture marocaine dans ce qu’elle a d’authentique, de beau, de profond, de rigoureux, de responsable et d’élevé. Il faut le dire, c’est aujourd’hui l’unique émission culturelle digne de ce nom, à plus d’un égard. Un concept bien étudié, une équipe qui regroupe des sensibilités de plusieurs horizons autour de l’homme qui a créé l’émission et qui la porte. Driss Idrissi, visage connu de la télévision et du théâtre. Abdelhak Najib, écrivain, journaliste, chroniqueur, critique d’art et de cinéma et récemment réalisateur d’un film qui fera date. Meriem Khalil, docteure et auteure de talent et le fidèle Mohammed Chouika. Le talk-show à grand succès, puisqu’il dépasse les deux millions de spectateurs et plusieurs millions d’écrans, est diffusé tous les samedis sur «Al Oula» et a fidélisé au long des années des millions d’inconditionnels de la culture et des arts.
Pour parler de la réussite de ce programme, aujourd’hui orphelin dans le paysage télévisuel et culturel marocain, il faut dire que tout réside dans le choix des thématiques abordées et traitées et également des invités. «Sada Al Ibdae» donne toute la place aux nouveaux visages, aux jeunes talents. Il va chercher et dénicher les créateurs là où ils se trouvent pour leur donner de la visibilité, pour leur offrir une rencontre effective avec un public friand d’art et de culture.
Depuis quatorze ans, l’émission est diffusée tous les samedis, en fin d’après-midi sur «Al Oula». En 14 saisons, le talk-show culturel a réussi à fidéliser un grand nombre de téléspectateurs, qui y ont trouvé matière à apprécier des œuvres, à découvrir de nouveaux talents et suivre l’actualité artistique au Maroc, dans sa variété. Écrivains, poètes, hommes de théâtre, réalisateurs, acteurs, actrices, musiciens, chanteurs et chanteuses, photographes, chercheurs, analystes et critiques sont les invités du programme pour décortiquer l’actualité, faire la promotion de leurs travaux ou alors apporter des éclairages sur des thématiques souvent bien choisies.
«Sada Al Ibdae» traite d’Histoire, d’anthropologie, d’arts plastiques dans leur grande diversité, de littératures, de poésie, de cinéma, de théâtre, de danse, de chorégraphie, d’archéologie, d’architecture, de grandes figures de la pensée marocaine et arabe, comme Mohamed Aziz Lahbabi, Mohamed Abed Al Jabri, Abdelkébir Khatibi sans oublier de rendre hommage à des quartiers mythiques de l’histoire marocaine, comme Hay Mohammadi ou encore Marrakech, dans sa belle richesse humaine et intellectuelle.
Avec des invités connus ou moins connus, mais qui font un plateau intéressant et animé avec beaucoup d’aisance par Abdelhak Najib, qui apporte son naturel qu’on lui connaît, sa décontraction et sa complicité avec ses amis sur le plateau et les invités, «Sada Al Ibdae» est devenue l’émission-phare de la culture au Maroc. L’équipe semble aujourd’hui si bien rodée à cet exercice de dynamisme pour ne pas laisser apparaître les temps morts et les blancs, qui parfois peuvent faire mal à un programme de ce type.
Fluidité dans les débats
Meriem Khalil apporte sa fraîcheur et sa fluidité dans les débats à l’émission, désormais très appréciée par une certaine intelligentsia, les intellectuels, les passionnés d’art et de culture, surtout que les télévisions marocaines n’offrent pas de programme de ce genre pour combler les attentes des téléspectateurs. «Sada Al Ibdae» remplit ce vide, en apportant un regard différent sur la culture, déclinée dans une approche qui refuse l’élitisme et va à la rencontre du public, dans ses plus larges franges. Le choix de faire une émission en arabe simple (sans tomber dans le dialecte), une langue médiane, bien soignée, est un atout important qui garantit justement le succès d’un programme dont le credo est la culture pour tous. L’élément de la langue est capital dans ce sens que l’on peut s’adresser à un grand nombre de personnes et pas uniquement les intellectuels dans un jargon bien établi qui peut parfois devenir barbant.
Aujourd’hui, avec plus de décontraction à l’instar de ce qui se fait ailleurs dans les émissions de ce genre a fait beaucoup de bien à ce programme, qui s’est amélioré au fil des années, par le rire, la rigolade, un esprit plus léger, sans tomber dans la légèreté, pour faire de ce début de soirée du samedi un moment de détente, d’apprentissage, de convivialité et d’humour. Aujourd’hui, après 13 ans de bons et loyaux services, ce sont des centaines d’invités qui ont apporté leur regard sur la création culturelle dans notre pays, en offrant au public ce qui se fait de mieux et de plus crédible et rigoureux, avec une édition 2026 qui a commencé sur les chapeaux de roues, avec des épisodes très pointus et très porteurs, avec des messages importants.
«Sada Al Ibdae», tous les samedis à 17h, sur la chaine de télévision «Al Oula».



