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CULTURE

Triple événement artistique au Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden

Statues Also Breathe de la Catharsis Arts Foundation, Crazy Lines de Yassine Balbzioui et «Ilà Turàb» de Fatiha Zemmouri : le Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden (MACAAL) présentera, le 8 février prochain, trois nouvelles installations ainsi qu’une nouvelle sélection d’œuvres issues de sa collection dans le cadre de son parcours permanent.

Dans son parcours permanent, le MACAAL réserve en effet trois espaces à des installations temporaires en résonance avec les thématiques du musée. L’Atrium accueille Statues Also Breathe, un projet sculptural collaboratif de l’artiste Prune Nourry, accompagné d’un documentaire retraçant sa réalisation. L’escalier du musée investi par Crazy Lines, une installation in situ signée Yassine Balbzioui. L’Artist Room accueillera «Ilà Turàb», une œuvre immersive et éphémère de Fatiha Zemmouri.

Une œuvre de mémoire et de résilience

Le MACAAL présente Statues Also Breathe, un projet sculptural majeur qui célèbre la puissance du collectif. Soutenue par la Catharsis Arts Foundation, cette installation nait d’une collaboration entre le Département des beaux- arts et arts appliqués de l’Université Obafemi-Awolowo à Ile-Ife (Nigeria), des étudiants venus de tout le Nigeria, des artisanes potières, les familles des filles de Chibok, alors lycéennes, portées disparues à la suite des enlèvements de Boko Haram en 2014, et l’artiste Prune Nourry. Ancré à Ile-Ife, berceau historique de la civilisation Yoruba, ce projet réactive la tradition ancestrale du travail de la terre cuite appliqué à la figure humaine, notamment à travers la représentation de têtes sculptées. L’œuvre, pensée comme un ensemble indivisible, se compose de 108 sculptures réalisées en argile locale, inspirées de huit portraits initiaux et modelées par une multitude de mains. Elle invite à se recueillir face à la force silencieuse de l’armée d’argile portée par Prune Nourry, offrant au visiteur un moment de contemplation et de réflexion.

Au-delà de l’esthétique, Statues Also Breathe porte une mission pédagogique et sociale affirmée. D’une part, la collaboration transnationale place l’université nigériane au cœur du processus créatif, assurant une transmission durable des savoirs. D’autre part, l’œuvre agit comme un acte de mémoire : l’ensemble des sculptures rend hommage aux lycéennes de Chibok et s’inscrit dans une lutte globale pour l’éducation des filles et le refus de l’oubli. L’installation se prolonge avec un film documentaire donnant voix aux mères, aux survivantes et aux participants, faisant du récit une composante essentielle de l’œuvre. La Catharsis Arts Foundation accompagne ce projet pour qu’il demeure un outil pérenne de dialogue et de réparation à travers le monde. Après ses présentations à Lagos et à l’international, le projet poursuit son parcours à Marrakech, réaffirmant l’engagement du musée envers un dialogue artistique à la fois poétique et socialement conscient.

Une cosmologie visuelle

Conçue spécifiquement pour le MACAAL, Crazy Lines dépasse le cadre de l’installation classique pour s’imposer comme une intégration artistique au cœur de l’architecture. Yassine Balbzioui investit l’escalier du musée, lieu de passage, pour y déployer une œuvre immersive pensée comme un espace de transition, invitant le visiteur à traverser son univers, où le regard se pose autant qu’il circule. Produite entre décembre 2025 et janvier 2026, cette intervention témoigne de la maîtrise de l’artiste et de la densité de sa cosmologie personnelle, fruit d’un travail préparatoire mené lors de sa résidence au MACAAL.

L’installation combine fresque murale, peintures à l’huile et encadrement sculptural, dans une composition dense évoquant l’idée de décor et de mise en scène. La peinture déborde des cadres pour investir l’espace, prolongeant le récit et plaçant le visiteur dans une position proche de celle du spectateur de théâtre. Le masque, motif récurrent dans la pratique de l’artiste, devient ici une constante visuelle plus qu’un signe à interpréter, renvoyant  à  une  humanité  jouée,  parfois  caricaturale, où les personnages semblent enfermés dans leurs propres rôles.

Une écriture au sol entre terre et traversée

Présentée à l’Artist Room par Fatiha Zemmouri, «Ilà Turàb» est une intervention au sol composée d’une écriture en terre réalisée en calligraphie arabe Diwani. L’installation met en relation deux fragments de phrase dont les tracés se croisent et se superposent dans l’espace : «Min Turàb» («issu de la terre») et «Ilà Turàb» («à la terre»).

Réalisée in situ, l’œuvre se présente comme une invitation au silence, un accompagnement méditatif au fil d’un déplacement circulaire. À partir d’une zone de terre dense, l’écriture se superpose fortement et devient partiellement illisible. En avançant dans l’espace, cette densité diminue progressivement : les signes se dégagent et la phrase «Ilà Turàb» apparaît de manière de plus en plus lisible, structurant la progression vers un point central.

La terre, utilisée comme matériau unique, conserve sa texture et sa fragilité. Une partie provient de la région de Tahanaout, et une autre de l’œuvre. Dans les bras de la terre de Salima Naji, exposée l’an dernier dans l’atrium du MACAAL. Conçue comme une « maison » accueillante, cette œuvre symbolisait la Terre mère, origine commune de tous les êtres humains. «Ilà Turàb» s’inscrit alors comme un geste d’hommage, prolongeant une matière issue d’une œuvre antérieure dans un autre contexte, à travers une autre écriture.

À propos du MACAAL

Le Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden (MACAAL) de Marrakech est un musée privé à but non lucratif. L’un des premiers du genre sur le continent, le MACAAL est dédié à la promotion de l’art africain à travers les différents programmes d’éducation et d’expositions qu’il propose et qui lui permettent de cultiver l’intérêt de larges publics. À travers l’acquisition et l’exposition des œuvres d’artistes autant établis qu’émergents, le musée favorise la compréhension de l’art contemporain africain et donne à voir l’énergie créatrice et la diversité culturelle caractéristiques du continent.

À propos de la Catharsis Art Foundation

La Catharsis Arts Foundation est une organisation à but non lucratif basée à New York, fondée en novembre 2023 par la sculptrice Prune Nourry et le journaliste Claude Grunitzky. Elle encourage l’intérêt du public pour la guérison par l’art à travers des projets collaboratifs, des expositions, des rencontres, des ateliers, des concerts et bien d’autres initiatives. Par son action, elle crée une plateforme qui met en avant les voix marginalisées, favorise la compréhension mutuelle et génère des cercles vertueux durables.

À propos de Yassine Balbzioui

Né en 1972 au Maroc, Yassine Balbzioui est un artiste dont la pratique traverse la peinture, le dessin, la performance et l’installation. Formé à l’École des Beaux-Arts de Casablanca, puis à Bordeaux et en Californie, il a développé un langage visuel unique nourri par ce multiculturalisme. Bien qu’il se définisse avant tout comme peintre, son œuvre se caractérise par l’omniprésence du masque et des figures hybrides, interrogeant les notions d’identité et de transformation. Son travail, à la frontière du réel et de la fiction, invite le spectateur à remettre en question les normes sociétales et notre rapport à la nature, comme en témoignent ses performances et ses séries picturales exposées internationalement.

À propos de Fatiha Zemmouri

Fatiha Zemmouri développe un travail à partir de matériaux bruts, en lien étroit avec les environnements naturels dont ils sont issus. Ses recherches prennent la forme d’installations, mais aussi de pièces plus autonomes, où la matière est engagée dans des situations de tension, d’équilibre et de transformation. Par des gestes sobres de prélèvement, de déplacement et de mise en équilibre, la matière est déplacée de son état initial et mise en relation avec le lieu. Les œuvres se construisent dans une économie de moyens, attentive aux forces de gravité, de tension et de fragilité, et invitent le visiteur à une expérience physique de l’espace et du temps. (Photo : Ayoub El Bardii).

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