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Parution de «Ceux qui m’ont appris» d’Abdelhak Najib aux Éditions Orion

L’écrivain et penseur marocain Abdelhak Najib vient de publier un nouvel essai littéraire intitulé «Ceux qui m’ont appris». Un recueil d’hommages et de lecture dans des univers littéraires et philosophiques qui ont marqué l’histoire de l’humanité.

MOHAMED HATTAB

Poète et spécialiste des littératures

Pour Abdelhak Najib, lire est une nécessité vitale et un mode d’existence. Lire pour écrire. Lire pour connaître, pour savoir, pour approfondir sa vision du monde. Lire et reconnaître les grands penseurs et auteurs de l’humanité qui ont cette capacité de nous aider à y voir plus clair, à mieux penser, à ne pas se leurrer et à nourrir son goût pour la pensée sérieuse, pour l’écriture sans concession. C’est cela l’univers analytique de Abdelhak Najib qui nous dit d’emblée : «Écrire aujourd’hui, dans ce monde à la fois stupide, laid, médiocre, futile, inintéressant, stérile et grégaire est un acte de résilience et de résistant. Pour moi, l’acte le plus révolutionnaire aujourd’hui est de ne pas céder une once de sa capacité de refuser la médiocrité devenue la norme dans des sociétés frappés de normopathie chronique et aigue. Réfléchir, penser, faire fonctionner ses méninges n’est pas donné à tout le monde. C’est pour cette raison que l’écrasante majorité des gens jugent au lieu de penser. C’est la même force qu’exige la révolte de l’individu contre le formatage du cerveau humain par la pensée unique, qui nivelle par le bas et empêche les individus d’être différent dans des sociétés normatives. Ne pas faire partie du troupeau est un acte révolutionnaire. Ne pas penser comme la majorité est un acte de sédition ». C’est dans cette démarche que s’inscrit ce nouvel essai littéraire du penseur marocain, à qui l’on doit déjà, dans la même veine «Le fil d’Ariane», «Le visible et l’invisible», «les penseurs de ma vie» et «Les géographies de l’errance».

Donner corps à une œuvre complexe

Pour Abdelhak Naji, écrire sur les univers littéraires de grandes figures de la pensée et de la littérature universelle, est un acte de résistance face à la médiocrité, aujourd’hui érigée comme littérature, partout dans le monde, avec des écrivaillons et des plumitifs qui recyclent leur platitude à grand renfort de médias tout aussi médiocres. D’ailleurs, cette vision cadre avec son travail qui s’élabore en œuvre dense et sérieuse, avec un travail profond en philosophie et en histoire humaine. «C’est en effet une vision qui va dans le sens de donner corps à une œuvre complexe sans être compliquée, mêlant philosophie, poésie, roman et sciences humaines, avec des ouvertures et des interpénétrations avec l’anthropologie, l’archéologie, la philologie, l’alchimie, les sciences dites occultes, l’histoire du monde, la succession des civilisations et des cultures, la physique, la chimie, l’apport important des mathématiques, sans oublier le regard profond sur l’histoire des arts, sur l’architecture, la musique, le cinéma et d’autres sources de connaissance, qui, pour moi, sont essentielles pour pouvoir prétendre entamer une certaine lecture du monde, de la vie, pour également essayer de comprendre, à travers les imbrications de toutes ces sources du savoir, le sens même de notre existence en tant qu’homme dans ce monde».

On le voit bien, pour Abdelhak Najib, on ne peut prétendre écrire sans verser dans les nombreuses et infinies disciplines du savoir humain. Il faut être un chercheur, un assoiffé de lecture, un grand curieux qui scrute tous les domaines pour avoir une vision plus ou moins large de son propos. «Cultiver sa différence est un attentat contre l’ordre établi. Toute mon œuvre verse dans cette lutte contre l’embrigadement des masses par la dictature de la pensée unique qui frappe la planète toute entière. Un véritable penseur part toujours de ses expériences de vie pour porter un regard multiple et juste sur la vie et sur le monde où il évolue. Le vécu est le puits intarissable qui nous permet d’y voir clair. L’apprentissage de la vie par les situations, les rencontres, les voyages, les imprévus, les épreuves, la souffrance, la conscience au monde… Ce sont ces éléments qui constituent notre logique de pensée», souligne Abdelhak Najib.

Il y a lectures et lectures…

C’est dire que dans cet ouvrage, il est question de liberté de penser, de résistance face à la platitude du monde, de refus de la futilité d’une société humaine livrée en pâture à la superficialité et la bêtise la plus criarde. Dans ce sens, Abdelhak Najib nous rappelle à juste titre que «Nos choix philosophiques et littéraires, que nos inclinations esthétiques et artistiques, que nos préoccupations humaines définissent, dans une large mesure, notre sens de la liberté. Ils impactent notre approche de notre propre identité. Ils sont à la source de notre place au sein de ce monde dans la société où nous agissons et réagissons. Mais il y a aussi mes lectures, mes recherches, mes voyages dans la pensée universelle, les films que j’ai vus et revus, les artistes qui m’ont nourri et inspiré, les grands esprits qui ont apporté de la puissance à mon acuité d’observateur, d’analyste et de penseur». Partant de ce postulat incontournable pour l’auteur, il est clair que ce qui fait aujourd’hui l’intensité et la particularité de l’œuvre d’Abdelhak Najib découle de ses lectures et de ses travaux sur les œuvres de grandes figures de la pensée humaine : «Lire les présocratiques, passer des années à cheminer dans la philosophie, se sentir très proche de Nietzsche, Heidegger, Wittgenstein, Cicéron, Marc Aurèle, Maître Eckhart, Spinoza, Leibniz, Schopenhauer, Russel, Husserl, Tacite, Socrate, Héraclite, Zoroastre et d’autres. Cela change votre degré de vigilance face à des pensées que je qualifié de basiques et grégaires. Car toutes les lectures ne se valent pas. Lire Hesse, Mann, Dostoïevski, Kafka, Proust, Beckett, Joyce, Bernard Shaw, Woolf, Char, Perse, Cossery, Melville, Hamsun, Mishima, Kawabata, Dante, La Rochefoucauld, Cioran, Mounif, Al Koni, De Unamuno, Pascal, Montaigne, Miller, Durrell, Conrad, Rimbaud, Hikmet, Maïakovski, Mandelstam… Ce n’est pas la même chose que de lire des auteurs de gare. Chercher le sens de l’art chez Da Vinci, Michel-Ange, De La Tour, Poussin, Braque, Picasso, De Staël, Rothko, De Kooning, Chagall, Matisse, Modigliani, Rauschenberg, Pollock… Ou alors dans l’art pariétal, la magie des grottes comme Lascaux ou Altamira, puiser le savoir secret chez Zénon, Zosime, Nicolas Flamel, Michael Meier, Basile Valentin, Paracelse, Fulcanelli… Lire Einstein, Heisenberg, Schrödinger, Planck, Bohr, Dirac, Marie Curie et Tesla ; être alerte en côtoyant des esprits comme Bach, Mozart, Beethoven, Wagner, Dvorak, Tchaïkovski, Prokofiev, Chostakovitch, Verdi, Albinoni, Mahler, Brahms et tant d’autres grands compositeurs… C’est boire un autre type de nectar et avoir un palais très sensible à une autre forme d’ambroisie. C’est ce qui fait la différence entre les uns et les autres. C’est ce qui fait que rares sont ceux qui pensent pour le monde et ceux qui scribouillent pour les réseaux sociaux», précise Abdelhak Najib.

Au fond, c’est quoi «créer» ?

Dans cette configuration à la fois simple et complexe, on note que pour prétendre à l’écriture dans son sens noble, il faut travailler, apprendre, chercher avec assiduité, douter, se tromper et ne jamais abandonner cette quête du savoir, qui est la condition première pour appréhender le monde et l’humain en nous. «L’écriture pour moi est un besoin viscéral. C’est un acte de vie. Créer, pour moi, c’est me donner la possibilité de vivre plusieurs fois. Cela me permet d’aller dans mes recoins les plus secrets. Cela me révèle à moi-même, dans ma complexité, dans mes travers, dans mes douleurs muettes, dans mes aspirations, dans mes doutes, mes attentes, mes rêves inavoués, mes espoirs, ma désespérance dans un monde en déshérence. Écrire, faire des films, vivre, cela participe du même besoin de me sentir vivant, de vibrer avec chaque instant, de mesurer ma capacité d’accepter ce qui arrive, de résister à la déchéance humaine, de rester au plus près de mes valeurs et mon éthique d’homme libre, qui se bat pour chaque iota de son humanité dans un univers déshumanisé. Écrire, produire, réfléchir, penser, imaginer, dire, taire, refuser, sentir, c’est partager son être le plus profond avec le monde, c’est aller au bout de soi, comme un pèlerin qui a choisi les chemins vierges, les sentiers isolés, les routes que personne ne veut ou ne peut prendre pour se découvrir à chaque pas qu’il fait. Penser pour moi, c’est oser écrire ce que d’autres ne peuvent même pas imaginer. C’est rendre lisible ce que d’autres n’osent même pas formuler en secret. Écrire est pour moi un défi à l’ordre établi. C’est une aventure terrible et exigeante, celle d’un homme qui cherche un chat noir, dans une chambre noire, sachant que le chat n’y est pas», conclut Abdelhak Najib.

«Ceux qui m’ont appris» par Abdelhak Najib. Éditions Orion. 200 pages. Juin 2026.

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