{"id":7725,"date":"2021-09-02T10:02:17","date_gmt":"2021-09-02T09:02:17","guid":{"rendered":"https:\/\/letempsmag.ma\/?p=7725"},"modified":"2021-09-02T10:10:23","modified_gmt":"2021-09-02T09:10:23","slug":"maroc-et-coronavirus-alea-jacta-est","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letempsmag.ma\/?p=7725","title":{"rendered":"Maroc et coronavirus : Alea Jacta Est !"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Une int\u00e9ressante digression a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e le 31 ao\u00fbt dernier par notre confr\u00e8re en ligne \u00abLe Courrier de l\u2019Atlas\u00bb, sous la plume du journaliste et intellectuel Abdellatif El Azizi. Une Tribune qui interpelle et ouvre pas mal d\u2019horizons de r\u00e9flexion\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par ABDELLATIF EL AZIZI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Coronavirus&nbsp;! L\u2019ennemi est l\u00e0. Nous sommes cern\u00e9s. Ses chiffres \u00e9gren\u00e9s avec monotonie par des speakers blas\u00e9s prennent soudain un sens; ils ont d\u00e9sormais un visage. Ils s\u2019appellent A\u00efda (jeune \u00e9pouse de 22 ans emport\u00e9e avec son b\u00e9b\u00e9 de 6 mois par ce salaud de virus. Asma cueillie dans la fleur de l\u2019\u00e2ge. Il y a aussi Fatima, surnomm\u00e9e \u00abla sage de la famille\u00bb par sa fratrie et qui a sombr\u00e9 dans la folie deux jours avant de rendre l\u2019\u00e2me dans des souffrances insens\u00e9es. Il y a aussi ce b\u00e9b\u00e9, prunelle des yeux de Rab\u00e9a et Karim, qui ne leur a m\u00eame pas donn\u00e9 le temps d\u2019esp\u00e9rer, entr\u00e9 par la porte principale de la clinique avant de sortir le lendemain par la cave, sans vie. Il y a Hamid, ce quinquag\u00e9naire au sourire \u00e9ternel, le c\u0153ur sur la main, toujours en avance d\u2019un bon geste, d\u2019une parole r\u00e9confortante.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abLes violons longs des sanglots de l\u2019automne blessent mon c\u0153ur d\u2019une langueur monotone\u00bb, se morfondait Paul Verlaine. Or l\u2019automne n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi triste avec cette file de corbillards interminable, ces deuils \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition et cette profonde m\u00e9lancolie qui frappe les visages dans la rue. Car l\u2019ennemi est bien l\u00e0, tapi \u00e0 la porte. Il s\u2019approche dangereusement. Il se fout du drame cons\u00e9quent des mesures d\u2019isolement ou d\u2019une distanciation sociale qui n\u2019en finit pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Comment oublier, quand il y a les autres&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et puis comment oublier, quand il y a les autres\u2026\u00a0? Des fr\u00e8res, des fils, des filles, des voisins proches, des amis, des conjoints, alors qu\u2019on nous avait dit que cette saloperie s\u2019attaquait aux vieux, \u00e0 ceux dont la vie est derri\u00e8re eux\u00a0? Cyniquement, on y a cru, pensant qu\u2019apr\u00e8s tout, au terme d\u2019une vie, il fallait bien mourir de quelque chose. Et puis non, les chiffres de la maladie donn\u00e9s par le minist\u00e8re reprennent trop de noms de jeunes hommes bien sous tous rapports, avant qu\u2019on nous serine tout derni\u00e8rement que le nombre de b\u00e9b\u00e9s admis dans les r\u00e9animations \u00e9tait en croissance exponentielle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a bien longtemps de cela, des docteurs joufflus se sont succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019antenne pour nous dire la chose et son contraire. Par exemple que les sympt\u00f4mes se limitaient \u00e0 la fi\u00e8vre, \u00e0 la toux et au nez qui coule. Tous ceux que j\u2019ai vu mourir ont eu autre chose comme sympt\u00f4mes&nbsp;: des diarrh\u00e9es, des tachycardies, le sang qui se glace dans les veines et m\u00eame la d\u00e9mence&nbsp;! Chaque fois, le certificat de d\u00e9c\u00e8s ne s\u2019embarrassait gu\u00e8re de ces d\u00e9tails&nbsp;: mort du \u00abCovid\u00bb. Simple et exp\u00e9ditif. Vous avez dit virus \u00abDelta\u00bb&nbsp;? Peu importe&nbsp;! Au cimeti\u00e8re, rien ne ressemble plus \u00e0 un macchab\u00e9e qu\u2019un autre macchab\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous cite un ami, touch\u00e9 lui aussi par le virus, qui a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 en rire&nbsp;:&nbsp;\u00abje n\u2019ai jamais compris le sens d\u2019une expression comme celle-ci&nbsp;: \u00abC\u2019est une vie de chien&nbsp;!\u00bb Confin\u00e9, isol\u00e9, je re\u00e7ois ma nourriture sur le palier, juste un petit toc-toc qui me pr\u00e9vient que le repas est d\u00e9pos\u00e9 devant la porte et j\u2019aboie un peu de l\u2019int\u00e9rieur, histoire qu\u2019on sache que je suis toujours vivant\u00bb&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Rire du \u00abCovid\u00bb&nbsp;? Pourquoi pas&nbsp;?! La meilleure r\u00e9ponse \u00e0 ce salopard qui se faufile dans les chaumi\u00e8res sans \u00eatre invit\u00e9 est de se foutre de sa gueule. Tu n\u2019auras pas ma libert\u00e9 de penser. N\u2019est-ce pas Pierre Desproges, humoriste fran\u00e7ais atteint d\u2019un cancer en stade avanc\u00e9, qui chantait \u00abNo\u00ebl au scanner, P\u00e2ques au cimeti\u00e8re\u00bb&nbsp;? Pourquoi moi&nbsp;? Et pourquoi pas moi&nbsp;? Hypocondriaques s\u2019abstenir, mais on peut toujours penser comme Woody Allen&nbsp;:&nbsp;\u00abJe n\u2019ai pas peur de mourir, mais je pr\u00e9f\u00e8re ne pas \u00eatre l\u00e0 quand cela va arriver\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Un signe de plus de la fin des temps&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Alors comment panser la pand\u00e9mie&nbsp;? Que penser de ces malheurs soudainement si proches et si dangereusement r\u00e9els&nbsp;? Si on disposait d\u2019une \u00e9chelle Richter pour mesurer l\u2019impact psychologique d\u2019une catastrophe naturelle, o\u00f9 se situerait la crise du coronavirus&nbsp;? Au vu de l\u2019angoisse provoqu\u00e9e par cette peur diffuse, cet ennemi invisible qui frappe o\u00f9 il veut, quand il veut, il semble que le niveau serait bien plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019on ne pensait\u2026 En tout cas, on voit bien d\u00e9sormais prolif\u00e9rer peurs et rumeurs malsaines o\u00f9 beaucoup tentent d\u00e9sormais de chercher dans le Ciel ou chez le diable la cause de ces malheurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour beaucoup de gens, ce \u00abcataclysme\u00bb n\u2019est qu\u2019un signe de plus de la fin des temps. Si la question des incertitudes qui accompagnent la propagation de la pand\u00e9mie traverse toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9, y compris une \u00e9lite d\u00e9boussol\u00e9e par les volte-faces de ce minuscule mais bien redoutable \u00eatre vivant, pour les religieux de tous bords, c\u2019est un message fort du Ciel pour r\u00e9veiller l\u2019humanit\u00e9 de sa torpeur. Pour d\u2019autres, c\u2019est m\u00e8re Nature qui se venge d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 trop malmen\u00e9e. De toutes les fa\u00e7ons, les gourous de l\u2019\u00e9cologie sont l\u00e0 pour nous pr\u00e9dire le pire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9vident que la question qui nous hante depuis deux ans est devenue pressante. Surtout quand notre sentiment profond est que l\u2019avenir est, plus que jamais, incertain. De cet encha\u00eenement des causes et des \u00e9v\u00e9nements, de ces drames qui nous touchent d\u00e9sormais dans notre chair, face \u00e0 ces innombrables deuils, y aurait-il donc quelque chose \u00e0 tirer&nbsp;? Autrement dit, la pens\u00e9e, la sagesse ou la religion peuvent-elles \u00eatre d\u2019une quelconque utilit\u00e9 face \u00e0 la mort d\u2019un \u00eatre aim\u00e9&nbsp;? On peut penser comme Michel De Montaigne, que si l\u2019on arr\u00eate de vivre par peur de mourir, la vie ne vaut pas la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cue. Pour ce qui est de la mort, pensait-il, \u00abanticipons, soyons toujours bott\u00e9 et pr\u00eat \u00e0 partir\u00bb. Et dans tous les cas, \u00e0 ce stade&nbsp;: Alea Jacta Est (NDLR&nbsp;: \u00abLes d\u00e9s sont jet\u00e9s\u00bb, citation attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019empereur romain Jules C\u00e9sar).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une int\u00e9ressante digression a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e le 31 ao\u00fbt dernier par notre confr\u00e8re en ligne \u00abLe Courrier de l\u2019Atlas\u00bb, sous la plume du journaliste et intellectuel Abdellatif El Azizi. Une Tribune qui interpelle et ouvre pas mal d\u2019horizons de r\u00e9flexion\u2026 Par ABDELLATIF EL AZIZI Coronavirus&nbsp;! L\u2019ennemi est l\u00e0. Nous sommes cern\u00e9s. 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