{"id":41396,"date":"2026-01-09T09:12:05","date_gmt":"2026-01-09T08:12:05","guid":{"rendered":"https:\/\/letempsmag.ma\/?p=41396"},"modified":"2026-01-09T09:12:05","modified_gmt":"2026-01-09T08:12:05","slug":"sortie-de-loin-de-la-terre-en-dehors-du-temps-dabdelhak-najib","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letempsmag.ma\/?p=41396","title":{"rendered":"Sortie de \u00abLoin de la Terre, en dehors du Temps\u00bb d\u2019Abdelhak Najib"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>L\u2019\u00e9crivain, penseur et journaliste marocain, Abdelhak Najib, publie en ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 2026 un nouvel ouvrage de philosophie, avec un titre fort en symbolique&nbsp;: \u00abLoin de la Terre, en dehors du Temps\u00bb. Encore une r\u00e9flexion sans concession sur l\u2019\u00e9tat actuel du monde et sur l\u2019avenir des soci\u00e9t\u00e9s humaines.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La port\u00e9e de ce nouvel opus, sign\u00e9 Abdelhak Najib, est limpide et r\u00e9sume \u00e0 plus d\u2019un titre le monde dans lequel nous tentons de r\u00e9sister aujourd\u2019hui. Pour le philosophe marocain, auteur de plus de 60 essais de philosophie dont une th\u00e8se sur Friedrich Nietzsche, il est ici question de voir le monde \u00e0 rebours, de le d\u00e9cortiquer dans ses moindres recoins, les plus sombres comme les plus \u00e9clatants, sans compromis ni la moindre concession, passant le tout au crible d\u2019une r\u00e9flexion chirurgicale et pr\u00e9cise.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Abdelhak Najib, le propos est simple&nbsp;: \u00abOser penser \u00e0 rebours est une audace sans nulle autre pareille dans nos soci\u00e9t\u00e9s format\u00e9es et conformistes d\u2019aujourd\u2019hui. Penser par soi-m\u00eame et pour soi-m\u00eame est devenu si dangereux que tout individu qui tient \u00e0 son ind\u00e9pendance de pens\u00e9e est frapp\u00e9 d\u2019anath\u00e8me et devient suspect. Pourtant, malgr\u00e9 l\u2019oppression, en d\u00e9pit de l\u2019acharnement des syst\u00e8mes unifi\u00e9s et des autorit\u00e9s et autres r\u00e9gimes qui nivellent la pens\u00e9e par le caniveau, penser contre son temps est la plus belle des r\u00e9voltes face \u00e0 tous les totalitarismes et \u00e0 tous les fascismes, qui ont pignon sur rue aujourd\u2019hui, qui se revendiquent en tant que tels et qui s\u2019assument comme pourvoyeurs de la pens\u00e9e unique\u00bb, pr\u00e9cise le philosophe marocain, qui nous incite dans cet essai tr\u00e8s actuel et qui pose de nombreuses questions li\u00e9es \u00e0 nos soci\u00e9t\u00e9s mondiales globalis\u00e9es et uniformis\u00e9es qui ploient toutes sous le joug de la pens\u00e9e unique, de l\u2019indigence cognitive dans ses ramifications intellectuelles en tant que savoir et connaissances aux prises avec la m\u00e9diocratie \u00e9tablie comme norme et comme barom\u00e8tre. Sans oublier, la mort de l\u2019individu aux d\u00e9pens de la communaut\u00e9, de la clique, du groupe, du conglom\u00e9rat, de la corporation qui a dissout int\u00e9gralement toute vell\u00e9it\u00e9 personne \u00e0 sortir des rangs et \u00e0 revendiquer une fa\u00e7on de voir, une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre et de penser au sein de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Transmutation des valeurs<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00abEncore une fois, plusieurs r\u00e9f\u00e9rences dans le monde de la pens\u00e9e et de la litt\u00e9rature ont pr\u00e9vu de mani\u00e8re pr\u00e9monitoire ce qu\u2019allait devenir notre quotidien dans ce XXI\u00e8me si\u00e8cle obscurantiste et liberticide. F\u00e9dor Dosto\u00efevski en premier lieu l\u2019a si bien expos\u00e9 dans ses romans notamment dans \u00abLes poss\u00e9d\u00e9s\u00bb, un livre anticipateur \u00e0 plus d\u2019un \u00e9gard, avec une projection claire dans l\u2019avenir de ce que sera l\u2019humanit\u00e9. Friedrich Nietzsche l\u2019a bien analys\u00e9 et d\u00e9velopp\u00e9e dans pratiquement l\u2019ensemble de son travail philosophique, de \u00abLa naissance de la trag\u00e9die\u00bb \u00e0 \u00abEcce Homo\u00bb en passant par \u00abAurore\u00bb, \u00abPar-del\u00e0 bien et mal\u00bb, \u00abLe gai Savoir\u00bb, \u00abLe cr\u00e9puscule des idoles\u00bb et le sublime \u00abAinsi parlait Zarathoustra\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abLe philosophe allemand avait mis le doigt sur la d\u00e9cadence de l\u2019Occident, sur la chute de toutes les valeurs humaines appelant \u00e0 une v\u00e9ritable et profonde transmutation des valeurs et non transformation. Il a pens\u00e9 en alchimiste, qui change la nature et la structure des choses en les transmutant en valeurs nouvelles b\u00e2ties sur de nouvelles visions, de nouvelles r\u00e9alit\u00e9s, de nouveaux imp\u00e9ratifs et surtout une approche diam\u00e9tralement oppos\u00e9e \u00e0 toute vision pass\u00e9iste de la pens\u00e9e humaine et partant de sa condition\u00bb, souligne Abdelhak Najib, qui nous donne dans cet essai de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la fois historique, philosophiques, anthropologiques et \u00e9thiques pour \u00e9tayer son analyse.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ce sens que le philosophe marocain multiplie les renvois \u00e0 des p\u00e9riodes cruciales de l\u2019histoire de la pens\u00e9e humaine pour mettre le doigt sur les r\u00e9alit\u00e9s fondamentales de ce que traverse l\u2019humanit\u00e9 aujourd\u2019hui, partout dans un monde de plus en plus cliv\u00e9 et ferm\u00e9. Dans ce sens, Abdelhak Najib nous invite \u00e0 relire Albert Camus qui s\u2019est, lui, attaqu\u00e9 au bacille qui ronge le tissu humain, avec d\u2019abord la condition absurde de l\u2019Homme dans un monde qui ne peut que le mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019\u00e9chec constant. Nous trouvons cette vision d\u00e9taill\u00e9e dans \u00abL\u2019\u00e9tranger\u00bb, \u00abLa peste\u00bb, \u00abLa chute\u00bb, \u00abL\u2019homme r\u00e9volt\u00e9\u00bb et \u00abLe mythe de Sisyphe\u00bb. Il est, ici, dans cette \u0153uvre, constamment question de l\u2019Homme aux prises avec ce qui veut l\u2019annihiler et lui imposer une autre condition, elle-m\u00eame condamn\u00e9e \u00e0 finir en chute libre. C\u2019est aussi le cas de Franz Kafka, \u00e0 coup s\u00fbr, l\u2019\u00e9crivain qui a le plus rendu la terreur d\u2019\u00eatre un Homme dans un monde qui rejette l\u2019humanit\u00e9 avec fracas la r\u00e9duisant \u00e0 l\u2019\u00e9tat de simple vermine, comme c\u2019est le cas dans le magnifique \u00abLa m\u00e9tamorphose\u00bb avant de nous donner \u00e0 lire toute l\u2019horreur d\u2019\u00eatre un humain condamn\u00e9 pour on ne sait quoi et qui attend un verdict d\u2019on ne sait o\u00f9, comme c\u2019est le cas dans \u00abLe proc\u00e8s\u00bb et \u00abLe ch\u00e2teau\u00bb, souligne Abdelhak Najib.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout au long des pages de cet essai de philosophie, qui vient apr\u00e8s \u00abFascismes\u00bb, \u00abLes dieux ont un humour noir\u00bb, \u00abSic Mundus\u00bb, \u00abLe gardien du Temps\u00bb, \u00abDer Mensch une die Zeit\u00bb, \u00abLes g\u00e9ographies de l\u2019errance\u00bb et \u00abLe monde qui sera demain\u00bb, Abdelhak Najib pose la question de la condition de l\u2019Homme dit moderne face aux totalitarismes quelle que soient leur ob\u00e9dience, technologique, \u00e9conomique, id\u00e9ologique, d\u00e9magogique, politique\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tat des lieux est le m\u00eame, l\u2019Homme vit dans une prison prot\u00e9iforme : \u00ab Cette dimension du condamn\u00e9 atteint son paroxysme chez Robert Musil, dans l\u2019unique \u00ab L\u2019homme sans qualit\u00e9s \u00bb, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par un roman de moindre envergure, mais d\u2019une force implacable, intitul\u00e9 \u00abLes d\u00e9sarrois de l\u2019\u00e9l\u00e8ve Torless\u00bb. Le titre, \u00e0 lui seul, porte toute l\u2019intensit\u00e9 et la profondeur de l\u2019errance de l\u2019homme. Le nom de l\u2019\u00e9l\u00e8ve en conflit avec le syst\u00e8me est Torless, qui veut dire en allemand, sans but, au propre et au figur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Au-del\u00e0 des apparences\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cela nous renvoie \u00e0 un autre monument de la litt\u00e9rature universelle, avec Knut Hamsun et son roman \u00abLa faim\u00bb. Tout est dit dans ces pages o\u00f9 l\u2019homme qui sillonne les heures, sans but, a faim, mais ce qui lui noue les tripes appelle d\u2019autres nourritures qu\u2019aucune boustifaille ne peut jamais rassasier. Comme le soulignait Henry Miller au sujet du personnage de \u00abMyst\u00e8res\u00bb, au-del\u00e0 des apparences, \u00abC&#8217;est l\u00e0 un homme qui aime, un homme qui aime l&#8217;amour et qui est condamn\u00e9 \u00e0 ne jamais rencontrer une \u00e2me accord\u00e9e \u00e0 la sienne\u00bb. \u00c9videmment, l\u2019auteur de \u00abTropiques\u00bb, de \u00abLa crucifixion en rose\u00bb, du \u00abCauchemar climatis\u00e9\u00bb, du \u00abPrintemps noir\u00bb, a lui aussi expos\u00e9 de mani\u00e8re lyrique, folle, d\u00e9cha\u00een\u00e9e, \u00e9clatante, po\u00e9tique, \u00e9rotique, comment l\u2019homme peut survivre dans un monde hostile en se nourrissant uniquement d\u2019amour, le premier venu, comme le dirait ce colosse Ren\u00e9 Char\u00bb, affirme Abdelhak Najib, toujours en poussant plus profond\u00e9ment sa lecture du monde actuel et de l\u2019avenir de l\u2019humanit\u00e9 face \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du tout high-tech, de l\u2019invasion programm\u00e9e de l\u2019intelligence dite artificielle, avec \u00e0 terme la supplantation de l\u2019Homme par la machine et ses auxiliaires cybern\u00e9tique et robotique&nbsp;: \u00abDans cette m\u00eame veine, Lawrence Durrell n\u2019a pas failli, surtout dans le grandiose \u00abQuatuor d\u2019Alexandrie\u00bb o\u00f9 tout ce qui fait les humains est approfondi pour toucher \u00e0 l\u2019essence de notre r\u00e9silience devant le vide et notre r\u00e9sistance devant l\u2019absurdit\u00e9 d\u2019un monde qui veut notre peau, \u00e0 tout prix. Ce \u00e0 quoi fait \u00e9cho Herman Melville, dans toute son \u0153uvre, avec en premier lieu, l\u2019incontournable \u00abMoby Dick\u00bb, qui, dans une large mesure nous renvoie, par ricochet, \u00e0 \u00abLord Jim\u00bb et \u00e0 \u00abAu c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres\u00bb de l\u2019in\u00e9galable Joseph Conrad, nous indique le chemin de \u00abLa montagne magique\u00bb de Thomas Mann ainsi que du \u00abLoup des steppes\u00bb de son compatriote Hermann Hesse quand il nous dit&nbsp;: \u00abJe sens br\u00fbler en moi un d\u00e9sir sauvage d&#8217;\u00e9prouver des sentiments intenses, des sensations; une rage contre cette existence en demi-teinte, plate, uniforme et st\u00e9rile\u00bb, conclut le philosophe qui nous offre, ici, un essai solide, profond et d\u2019une implacable rigueur.<\/p>\n\n\n\n<p>MOHAMED HATTAB<\/p>\n\n\n\n<p>Chercheur et critique des litt\u00e9ratures<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;\u00abLoin de la Terre, en dehors du Temps\u00bb d\u2019Abdelhak Najib (\u00c9ditions Orion, Sirius et les \u00c9ditions du Ph\u00e9nix), 200 pages. Janvier 2026. Disponible en librairie au Maroc et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9crivain, penseur et journaliste marocain, Abdelhak Najib, publie en ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 2026 un nouvel ouvrage de philosophie, avec un titre fort en symbolique&nbsp;: \u00abLoin de la Terre, en dehors du Temps\u00bb. Encore une r\u00e9flexion sans concession sur l\u2019\u00e9tat actuel du monde et sur l\u2019avenir des soci\u00e9t\u00e9s humaines. 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