{"id":34406,"date":"2025-03-22T14:22:17","date_gmt":"2025-03-22T13:22:17","guid":{"rendered":"https:\/\/letempsmag.ma\/?p=34406"},"modified":"2025-03-22T14:22:17","modified_gmt":"2025-03-22T13:22:17","slug":"methadone-ce-nest-pas-la-dependance-qui-tue-cest-labandon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letempsmag.ma\/?p=34406","title":{"rendered":"M\u00e9thadone\u00a0: ce n\u2019est pas la d\u00e9pendance qui tue, c\u2019est l\u2019abandon\u00a0!"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Par Dr IMANE KENDILI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>M\u00e9decin psychiatre sp\u00e9cialis\u00e9e en addictologie et pathologies associ\u00e9es<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des drames silencieux que nul ne veut entendre&nbsp;! Des vies qui basculent sans fracas, dans l\u2019indiff\u00e9rence d\u2019une ville trop bruyante pour \u00e9couter. Tanger, en ce mois de mars 2025, vit une crise aussi invisible que ravageuse. La m\u00e9thadone, ce traitement qui tient \u00e0 distance l\u2019enfer de la d\u00e9pendance, s\u2019est \u00e9vapor\u00e9e des centres de soin. Et avec elle, s\u2019\u00e9vanouit l\u2019espoir de centaines de patients.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mot circule \u00e0 voix basse, dans les couloirs fatigu\u00e9s des dispensaires, sur les bancs des salles d\u2019attente, dans les regards implorants. Rupture&nbsp;! Pas de stock. Plus rien. Il faut r\u00e9duire les doses. Ou arr\u00eater&#8230; Le message est sec, impersonnel. Mais derri\u00e8re, ce sont des corps qui tremblent. Des esprits qui chavirent. Des \u00e2mes qui sombrent.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis psychiatre. Depuis des ann\u00e9es, j\u2019accompagne ceux que l\u2019on appelle, un peu vite, les \u00abtoxicomanes\u00bb. Je connais leurs silences, leurs hontes, leurs tentatives de r\u00e9demption. Je sais combien chaque dose de m\u00e9thadone est une marche gravie vers la dignit\u00e9. Et je sais aussi que les en priver, soudainement, brutalement, c\u2019est les jeter dans un gouffre dont peu d\u2019entre eux pourront remonter.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9thadone n\u2019est pas une pilule miracle. C\u2019est une passerelle. Elle ne soigne pas l\u2019addiction \u00e0 coups de magie, mais elle permet \u00e0 ces patients de reprendre prise sur leur quotidien, de r\u00e9sister aux tentations de l\u2019ombre, de retrouver le go\u00fbt des liens humains. Elle est une alli\u00e9e du soin, une arme de paix dans des vies marqu\u00e9es par la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Tanger, cette paix fragile a explos\u00e9. Les patients ne comprennent pas. Ils viennent chaque jour, tendent leur carnet, croisent les doigts. Ils repartent avec des demi-doses, ou rien du tout. Certains pleurent. D\u2019autres s\u2019\u00e9nervent. Quelques-uns, d\u00e9j\u00e0, sont revenus en crise, la sueur acide, la parole \u00e9gar\u00e9e. Le sevrage n\u2019est pas un simple inconfort&nbsp;: c\u2019est une temp\u00eate&nbsp;! Une souffrance qui fait vaciller le corps et l\u2019esprit, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e de ne plus exister.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, aucune alerte publique. Aucune conf\u00e9rence de presse. Aucun mot des autorit\u00e9s. Juste le vide. L\u2019invisibilit\u00e9. Comme si ces hommes et ces femmes n\u2019existaient pas. Comme si leurs vies pouvaient \u00eatre mises entre parenth\u00e8ses, le temps d\u2019un r\u00e9approvisionnement oubli\u00e9. Mais nous, m\u00e9decins, savons que le manque ne suspend pas la douleur. Il l\u2019exacerbe. Il la transforme en rage. En rechute. En isolement. Et parfois, en mort&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Que s\u2019est-il pass\u00e9 pour que le syst\u00e8me oublie ceux qui lui faisaient confiance&nbsp;? Comment expliquer que dans un pays qui a fait de la r\u00e9duction des risques un mod\u00e8le \u00e9mergent, on puisse priver des patients d\u2019un traitement aussi fondamental, sans explication, sans mesure d\u2019urgence, sans respect de l\u2019\u00e9thique m\u00e9dicale&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas une crise logistique. C\u2019est une faillite morale. Une trahison th\u00e9rapeutique&nbsp;! Je pense \u00e0 tous ceux que nous avons vus progresser. Ceux qui avaient retrouv\u00e9 un travail, renou\u00e9 avec leur famille, repris des \u00e9tudes. Je pense \u00e0 ceux qui, chaque matin, franchissaient la porte du centre avec fiert\u00e9, parce qu\u2019ils avaient tenu bon. Que vont-ils devenir&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il est urgent d\u2019agir. Urgent de r\u00e9tablir l\u2019approvisionnement. Urgent d\u2019\u00e9couter les voix du terrain. Urgent de respecter les protocoles m\u00e9dicaux, qui interdisent toute modification brutale de traitement. Urgent, surtout, de consid\u00e9rer ces patients comme ce qu\u2019ils sont&nbsp;: des \u00eatres humains, porteurs de douleurs, mais aussi de dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Tant que nous continuerons \u00e0 fermer les yeux sur les plus vuln\u00e9rables, nous perdrons bien plus qu\u2019un m\u00e9dicament. Nous perdrons ce qui fait la force d\u2019une Nation&nbsp;: sa capacit\u00e9 \u00e0 ne laisser personne au bord du chemin&nbsp;!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Dr IMANE KENDILI M\u00e9decin psychiatre sp\u00e9cialis\u00e9e en addictologie et pathologies associ\u00e9es Il y a des drames silencieux que nul ne veut entendre&nbsp;! Des vies qui basculent sans fracas, dans l\u2019indiff\u00e9rence d\u2019une ville trop bruyante pour \u00e9couter. Tanger, en ce mois de mars 2025, vit une crise aussi invisible que ravageuse. 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