{"id":18686,"date":"2022-11-07T12:36:24","date_gmt":"2022-11-07T11:36:24","guid":{"rendered":"https:\/\/letempsmag.ma\/?p=18686"},"modified":"2022-11-07T12:36:26","modified_gmt":"2022-11-07T11:36:26","slug":"la-dignite-du-present-quel-avenir-pour-les-humains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letempsmag.ma\/?p=18686","title":{"rendered":"\u00abLa dignit\u00e9 du pr\u00e9sent\u00bb\u00a0: quel avenir pour les humains\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Par Dr IMANE KENDILI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Psychiatre et auteure<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L\u2019\u00e9crivain et philosophe Abdelhak Najib vient de publier la deuxi\u00e8me \u00e9dition de son essai de philosophie, intitul\u00e9 \u00abLa dignit\u00e9 du pr\u00e9sent\u00bb. Apr\u00e8s \u00abEt que cr\u00e8ve le vieux monde !\u00bb, \u00abLa quadrature du cercle\u00bb, \u00abLe point de bascule\u00bb, \u00abLa voix de la Terre\u00bb, \u00abInhumains\u00bb, \u00abLe forgeron des eaux\u00bb, \u00abLe vol d&#8217;Icare\u00bb, \u00abVariations al\u00e9atoires\u00bb, \u00abLe fil d\u2019Ariane\u00bb, \u00abBlack-out\u00bb et \u00abPsychanalyse de l&#8217;improbable\u00bb, l\u2019auteur signe aux \u00c9ditions Orion un douzi\u00e8me essai avec toujours ce regard sans compromis sur le monde et ses d\u00e9rives. Un essai tr\u00e8s actuel qui d\u00e9cortique ce monde en fin de cycle et pose des questions profondes sur l&#8217;avenir des humains. \u00abLa dignit\u00e9 du pr\u00e9sent (2<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9dition), 300 pages,<\/em><\/strong><strong><em> est <\/em><\/strong><strong><em>disponible en librairie depuis le d\u00e9but de novembre 2022.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Abdelhak Najib affirme d&#8217;embl\u00e9e que nous devons faire l\u2019analyse de la situation mondiale en 2022 pour comprendre pourquoi tous les indicateurs convergent vers la fin d\u2019un monde et le retour \u00e0 des poches de r\u00e9sistance r\u00e9silientes, \u00e0 la fois locales et essaim\u00e9es un peu partout sur la plan\u00e8te. Cela commence par une v\u00e9rit\u00e9 sans appel&nbsp;: ce monde o\u00f9 nous existons aujourd&#8217;hui, \u00e0 d\u00e9faut d&#8217;y vivre, est un monde qui va tr\u00e8s mal. C&#8217;est un monde en fin de cycle. C&#8217;est un monde gangr\u00e9n\u00e9 et frapp\u00e9 d&#8217;un cancer incurable et en stade terminal. C&#8217;est un monde m\u00e9tastas\u00e9, nous dit Abdelhak Najib, qui multiplie les donn\u00e9es pour expliquer \u00e0 quel point ce monde tel que nous le connaissons est appel\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre pour donner corps \u00e0 un autre monde dont nous ignorons encore tous les contours. En effet, ce livre vient compl\u00e9ter, d\u2019une certaine mani\u00e8re, celui qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9&nbsp;: \u00abEt que cr\u00e8ve le vieux monde&nbsp;!\u00bb. Les deux ouvrages participent d\u2019un m\u00eame \u00e9lan, celui de la dignit\u00e9 de l\u2019individu dans un monde qui veut l\u2019\u00e9craser et l\u2019assujettir. Ils compl\u00e8tent un troisi\u00e8me volet, qui porte le titre de \u00abla voix de la Terre\u00bb pour clore cette trilogie philosophique tr\u00e8s actuelle, au c\u0153ur des grandes questions qui se posent \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Abdelhak Najib, riche d\u2019une grande culture philosophique adoss\u00e9e \u00e0 des \u00e9tudes approfondies avec, \u00e0 la cl\u00e9, une th\u00e8se universitaire sur Friedrich Nietzsche et les pr\u00e9-socratiques, fait ici le constat sans appel de la fin d\u2019un monde et de la mise en place d\u2019un autre monde dont on ignore encore les contours. Un monde qui se fa\u00e7onne au jour le jour suivant d\u2019autres param\u00e8tres tels que l\u2019\u00e9conomie, la croissance, le progr\u00e8s, la politique coupl\u00e9e \u00e0 la pens\u00e9e unique, \u00e0 la dictature de la d\u00e9mocratie, \u00e0 l\u2019\u00e9rosion des valeurs humaines et \u00e0 la mise sur pied d\u2019une morale de l\u2019embrigadement et de l\u2019instrumentalisation. Intitul\u00e9e \u00abLa dignit\u00e9 du pr\u00e9sent\u00bb, cette r\u00e9flexion pose la question de l\u2019individu, encercl\u00e9 de toutes parts par l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de la technologie, par le mensonge religieux, par la m\u00e9diocrit\u00e9 culturelle, par la peur et l\u2019angoisse, n\u00e9es toutes les deux d\u2019une mani\u00e8re de gouverner le monde en y semant des graines anxiog\u00e8nes pour tenir les populations sous le joug de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 pour mieux les cerner, pour mieux les mater, pour mieux les guider \u00e0 l\u2019abattoir des jours. Cet essai philosophique pose la question du conflit entre l\u2019individu comme \u00e9lectron libre au sein de la soci\u00e9t\u00e9 et cette m\u00eame communaut\u00e9 qui veut l\u2019obliger \u00e0 s\u2019aplatir pour ressembler \u00e0 tous les autres. Cet \u00e9lan vers la diff\u00e9rence voulu et revendiqu\u00e9 par l\u2019individu se voit menac\u00e9 et attaqu\u00e9 par tous les moyens dont disposent les r\u00e9gimes&nbsp;: la politique et ses errances, le dogme et ses mensonges, la finance et ses fausses promesses.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le moi et les autres<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Que reste-il \u00e0 l\u2019individu dans un monde fini, un monde agonisant se rattachant encore aux derniers soubresauts d\u2019une pathologie incurable qu\u2019est le chaos&nbsp;? C\u2019est la question pos\u00e9e par le philosophe. L\u2019homme qui fait de la dignit\u00e9 du pr\u00e9sent sa volont\u00e9 de puissance et sa promesse de tous les lendemains, quels que puissent \u00eatre leurs aspects et leurs textures, est cet individu qui peut construire son territoire au milieu du chaos. C\u2019est cet individu qui croit en son essence humaine, qui refuse de c\u00e9der \u00e0 toutes les sir\u00e8nes du faux progr\u00e8s, qui s\u2019accroche \u00e0 son humanit\u00e9 et se dote d\u2019une sant\u00e9 de malheur pour faire face \u00e0 tous les ennemis dont accouche la postmodernit\u00e9 moribonde. Que peut faire un homme seul face \u00e0 une humanit\u00e9 hagarde et errante&nbsp;? Abdelhak Najib nous r\u00e9pond qu\u2019il peut marcher en inventant son chemin. Il peut compter sur sa volont\u00e9, il peut faire confiance \u00e0 son \u00e9lan de vie, \u00e0 sa capacit\u00e9 de tout accepter en endurant le pire, parce qu\u2019il a justement le go\u00fbt du tragique et l\u2019app\u00e9tit du chaos. Cet individu irr\u00e9ductible qui tient t\u00eate \u00e0 tout le monde, \u00e0 la barbarie politique, aux populismes, aux appels \u00e0 la similitude, aux incitations \u00e0 se renier pour faire partie du troupeau que l\u2019on m\u00e8ne \u00e0 la boucherie, cet individu vit selon son c\u0153ur. Il refuse l\u2019instrumentalisation. Il se bat contre la m\u00e9diocrit\u00e9 ambiante, \u00e9rig\u00e9e en mod\u00e8le et en exemple. Il rejette toute forme de soumission au nom d\u2019un quelconque credo, invent\u00e9 de toutes pi\u00e8ces pour contenir les hommes et les mener comme du b\u00e9tail remplir leurs fonctions avant d\u2019atteindre leurs dates de p\u00e9remption, avant de finir \u00e0 la casse des hommes soumis et serviles. Cet homme qui croit en la dignit\u00e9 de sa vie est un solitaire. Il s\u2019isole pour ne jamais se compromettre. Il reste en retrait. Il observe. Il se tient \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Il ne fraye avec personne. Il a pour unique viatique son esprit libre. Il compte sur sa puissance de vouloir. Il rel\u00e8ve tous les d\u00e9fis. C\u2019est un homme du danger. Un homme des extr\u00eames qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 donner sa vie pour sa pens\u00e9e et pour ce que son c\u0153ur porte comme amour pour cette vie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le destin tragique de l&#8217;Homme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Abdelhak Najib souligne que cet homme nouveau sait qu\u2019il lui faut pr\u00e9f\u00e9rer tous les enfers nourris de sa trag\u00e9die aux paradis artificiels, fruits de l\u2019unique fantasmagorie encore en vigueur, celle de faire miroiter un faux-bonheur, dans un monde finissant. Ce faux-bonheur est une l\u00e9thargie lourde, c\u2019est une anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale sans aucune promesse de r\u00e9veil. Sans aucun espoir d\u2019\u00e9veil. Ce qu\u2019il faut retenir, c\u2019est que nous avons le droit de perdre, mais nous n\u2019avons pas le droit de nous faire surprendre par l\u2019hostilit\u00e9 d\u2019un monde qui craint la force, qui abhorre la puissance, qui refuse le d\u00e9passement. Un monde qui se vautre, un monde qui rampe, un monde qui suinte la crasse de si\u00e8cles de soumission. Un monde qui court tr\u00e8s vite pour rester sur place. Nous sommes des adeptes de la r\u00e9actance. Nous sommes r\u00e9silients. Nous nous suffisons \u00e0 la trag\u00e9die de notre existence. Nous ch\u00e9rissons notre vuln\u00e9rabilit\u00e9 face \u00e0 l\u2019in\u00e9luctable. Mais c\u2019est sur elle que nous b\u00e2tissons notre r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des \u00eatres. Nous sommes r\u00e9fractaires \u00e0 l\u2019ordre \u00e9tabli. Nous sommes des gens du \u00abnon\u00bb. Mais nous sommes aussi les gens du \u00aboui\u00bb \u00e0 tous les destins. Ceux qui d\u00e9truisent, ceux qui annihilent, ceux qui pr\u00e9parent le nouveau sur les d\u00e9combres du vieillot. Nous sommes du lendemain. Nous chantons avec toutes les aurores l\u2019hymne \u00e0 un Homme du pire, un Homme de l\u2019irr\u00e9versible, un Homme du d\u00e9sastre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur insiste sur le fait que nous avons refus\u00e9 toutes les atteintes \u00e0 notre pass\u00e9 pour justifier un pr\u00e9sent douteux. Nous r\u00e9cusons tout crime contre le futur. Nous revendiquons notre dissolution dans un monde de v\u00e9racit\u00e9, un monde r\u00e9gi par la volont\u00e9 d\u2019aller au-del\u00e0 de soi. Un monde o\u00f9 l\u2019on tourne le dos aux foules, o\u00f9 l\u2019on marche \u00e0 contre-courant, o\u00f9 l\u2019on invente son sentier au fur et \u00e0 mesure que nos pas foulent un sol d\u00e9sir\u00e9, une terre de changement. Car seul le changement est notre alli\u00e9 dans un monde d\u00e9clin\u00e9 en s\u00e9rigraphies assassines.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un monde effondr\u00e9, seul demeure le d\u00e9passement de soi dans la douleur, dans l\u2019acceptation de ce qui nous lamine, de ce qui nous \u00e9crase, de ce qui nous p\u00e9trit de puissance nouvelle. Dans un monde de codes et de num\u00e9ros en s\u00e9rie, seule la clandestinit\u00e9 et l\u2019anonymat peuvent nous servir de territoire. Nous servir de terre br\u00fbl\u00e9e, de terre de cendres d\u2019o\u00f9 jaillit notre \u00e9tincelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce chaos digitalis\u00e9, dans ce cauchemar num\u00e9ris\u00e9, seuls ceux qui ont une sant\u00e9 de serpent, ceux qui vivent \u00e0 m\u00eame le macadam, ceux qui raclent tous les fonds, ceux qui n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 boire \u00e0 la source du mal, ceux-l\u00e0 seuls portent en eux notre pr\u00e9sence future, notre \u00e9ternel retour. Seul cet individu qui c\u00e9l\u00e8bre le pr\u00e9sent en en faisant son assise mobile pour comprendre son pass\u00e9 et percevoir son avenir, est capable de vivre et non de survivre, \u00e0 m\u00eame les heures, en faisant du temps alli\u00e9 son ancrage dans tous les espaces. C\u2019est cet homme qui forge demain, parce qu\u2019il aime son pr\u00e9sent et le vit dignement.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes l\u00e0 face \u00e0 un livre qui bouleverse, qui secoue, qui remet les pendules \u00e0 l\u2019heure dans une ma\u00eetrise de son sujet, apportant des \u00e9l\u00e9ments solides de r\u00e9ponse \u00e0 toutes les interrogations qui sont pos\u00e9es le long de ces pages. Avec un style au hachoir, le tout dans un phras\u00e9 efficace dont l\u2019auteur a le secret, cet essai philosophique s\u2019installe d\u00e9j\u00e0 comme le r\u00e9cit d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 le doute le dispute au d\u00e9sespoir. Un texte puissant et sans concessions&nbsp;!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Dr IMANE KENDILI Psychiatre et auteure L\u2019\u00e9crivain et philosophe Abdelhak Najib vient de publier la deuxi\u00e8me \u00e9dition de son essai de philosophie, intitul\u00e9 \u00abLa dignit\u00e9 du pr\u00e9sent\u00bb. Apr\u00e8s \u00abEt que cr\u00e8ve le vieux monde !\u00bb, \u00abLa quadrature du cercle\u00bb, \u00abLe point de bascule\u00bb, \u00abLa voix de la Terre\u00bb, \u00abInhumains\u00bb, \u00abLe forgeron des eaux\u00bb, \u00abLe &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":18687,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[169],"tags":[],"class_list":["post-18686","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-edition"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/letempsmag.ma\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18686","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/letempsmag.ma\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/letempsmag.ma\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsmag.ma\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsmag.ma\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=18686"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/letempsmag.ma\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18686\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18688,"href":"https:\/\/letempsmag.ma\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18686\/revisions\/18688"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsmag.ma\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/18687"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/letempsmag.ma\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=18686"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsmag.ma\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=18686"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsmag.ma\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=18686"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}